Judith Baudinet

Le travail que poursuit Judith Baudinet depuis plusieurs années touche aussi bien au théâtre, à la mise en scène et à l’écriture, à la vidéo qu’à la photographie. Une telle diversité n’est en rien le signe d’une dispersion, plutôt celui d’un questionnement multipolaire qui prend en charge à travers ces différents médium, les diverses facettes d’un monde éclaté. Il y a la question de la présence du corps dans l’espace, du mouvement, du regard et de la voix. Face à ces modes d’incarnation, formant comme leur double, leur reflet ou leur ombre spectrale, il y a les images vidéo qui hantent les pupilles comme les nuages le ciel. Mais, il y a aussi d’autres images encore, produites par les ordinateurs eux-mêmes, des images qui ne doivent plus rien à la fiction de la ressemblance ou de la capture d’un peu de soit disant réalité par les images. Les écrans sont sans conteste leur véritable lieu, un lieu à la fois matériel et incernable, semblant tout contenir et qui pourtant n’a de cesse de tout renvoyer dans l’univers de ce qui le hante par un mouvement infini de projection. Et puis il y a les photographies qu’elle réalise avec un sténopé. Images uniques, effectuées en une prise unique, elles s’inscrivent dans le vaste domaine de la croyance maintenant millénaire en l’évidence d’une trace de réel capturé par l’image photographique. Et pourtant, dans leur matérialité même, on pourrait se prendre à penser qu’elle en dénonce la comique illusion.

Jean-Louis Poitevin, extrait  de la note « Voir le trou »